
Résumé
Le deuil n’est pas une maladie mais une expérience humaine universelle et naturelle. on a le droit d'être respecté, sans injonction à « tourner la page ».
🟢 Clé n°1 : Accueil et respect
Le deuil est complexe et singulier. Chacun peut ressentir physiquement et émotionnellement ou même un vide protecteur.
L’essentiel est de reconnaître ces états sans jugement et d’offrir soutien et réconfort.
🔵 Clé n°2 : Prendre soin de son corps
La perte touche directement notre biologie du lien. Fatigue, insomnie ou tensions sont fréquentes.
Prendre soin du corps — marcher, respirer, se reposer — aide le système nerveux à traverser l’épreuve.
🟣 Clé n°3 : S’appuyer sur les liens de soutien
Le deuil tend à isoler, alors que notre système nerveux est relationnel. Être entouré, même discrètement,
permet de réguler le stress et de retrouver un ancrage sécurisant.
🟠 Clé n°4 : Honorer la mémoire et maintenir un lien intérieur
Les souvenirs, les voix, les gestes restent inscrits en nous. Les continuing bonds (liens continués) transforment l’absence en une présence intérieure fidèle, qui permet d’élargir l’espace du cœur.
🔴 Clé n°5 : S’autoriser à vivre à nouveau
Retrouver des élans de joie n’est pas une trahison, mais un signe que la vie reprend.
Le lien intérieur demeure, tout en laissant place à de nouvelles relations et à la continuité de l’existence.
Le deuil ne s’efface pas, il se transforme. Ces clés offrent des repères pour traverser l’épreuve,
en respectant l’unicité de chacun et en retrouvant peu à peu vitalité et capacité de lien.

Darkest Hour By Gemma Stiles
Le deuil n’est pas une maladie*. L'expérience de la perte est une expérience humaine universelle, parfois très douloureuse mais naturelle. Chacun le traverse à son rythme, selon sa sensibilité. L’essentiel est de reconnaître la légitimité inaliénable de ce processus et d’affirmer le droit fondamental de l’endeuillé : être respecté dans ce qu’il vit, sans injonction à « tourner la page » ou à « aller mieux » trop vite.
Il engage un accompagnement délicat, qui demande de la finesse pour soutenir et aider sans brusquer. Il existe aussi un droit fondamental à se concentrer sur ce qui aide réellement, sans se sentir obligé d’affronter ce qui ne soutient pas.
Il n'existe pas d’étapes chronologiques** mais plutôt des clés, des leviers qui réduisent la détresse et ouvrent des possibilités d’apaisement.
*L’expression deuil pathologique est encore utilisée, mais elle prête à confusion. Le deuil, en lui-même, n’est pas une maladie. C’est une opération de réorganisation du corps et de l’esprit face à la perte, un processus d’adaptation biologique et (donc) psychique.
Dans environ 5 % des situations, ce n’est pas le deuil qui devient pathologique, mais il peut agir comme déclencheur de pathologies lorsqu’un ensemble de comorbidités est présent (dépression sévère, troubles anxieux, antécédents traumatiques, isolement social, vulnérabilité physiologique).
Parler de deuil pathologique revient donc à mal nommer les choses : ce qui est en jeu, ce sont les pathologies sous-jacentes ou associées, pas le deuil lui-même. Respecter cette nuance, c’est rappeler que traverser un deuil reste une expérience humaine universelle, naturelle, et non une anomalie à corriger.
**Les "5 étapes du deuil" n'a jamais été un modèle universel valide, pas même pour son autrice, ce qui n'enlève absolument rien à l'oeuvre hors du commun d'Elizabeth Kubler Ross, notamment sur l'accompagnement des mourrants en fin de vie.
Expérience commune de l'humanité, l'accueil du deuil en conscience est aussi une expérience individuelle unique pour chacun, dans les contextes qui sont les siens. Pour beaucoup, des mécanismes de dissociation (anesthésie, déni, culpabilité protectrice, projection) se mettent en place afin de préserver l’intégrité psychique. Celui qui le traverse a le "droit" de ressentir — ou de ne pas ressentir — son corps (fatigue, insomnie, tensions…), ses émotions (tristesse, colère, culpabilité, peur, soulagement…) ou même un apparent “rien”.
Personne n'a rien à juger ni nier de celà et c'est bien là qu'un respect sacré pourrait trouver à s'exprimer avec bienveillance et soutien : nous ne sommes jamais dans les souliers de l'autre. Respecter un endeuillé, c’est lui permettre d’exprimer ce qu’il traverse sans pression ni comparaison. Et de donner réconfort et soutien avant tout.
Pas de règles, aucun objectif si ce n'est une acceptation suffisante
Le deuil n’obéit à aucune règle et n’est même pas censé avoir une fin nette. Il ne saurait y avoir aucun autre objectif réaliste que d’atteindre un niveau d’acceptation… acceptable pour l’endeuillé, sans calendrier. Dit autrement, ce qui est souhaitable, c’est que la vie retrouve progressivement ses droits, sans un sentiment quelconque de trahison ou déloyauté envers la personne ou ce qui a été perdu.
Douleur, absence de douleur et mécanismes de protection
La douleur du deuil reflète souvent la force du lien : plus la relation était précieuse, plus l’absence est douloureuse. Mais l’absence de douleur immédiate ne signifie pas un lien faible. Elle peut traduire une dissociation (mise à distance protectrice de l’émotion) ou des réactions traumatiques (sidération, anesthésie psychique). Certaines personnes, au contraire, expriment leur lien par la gratitude ou une présence intérieure apaisée. La douleur n’est donc pas l’unique mesure de l’attachement : ce qui compte, c’est la manière dont le lien se transforme et continue à vivre dans la mémoire.
Faire le deuil d'un proche avec lequel les relations ont été problématiques dans notre vie présente une complexité à part, qui requiert là aussi beaucoup de finesse de discernement dans l'accompagnement, pour déjouer les écueils du jugement, du déni et de la culpabilité notamment, pour trouver ce qui aide et qui soutient vraiment dans le soin des blessures d'attachement corrélées au deuil.
La douleur psychique a un impact direct sur le corps, mais il faut considérer que la perte touche d’abord le plan corporel car notre biologie est celle du lien. Quand ce lien se rompt, tout l’organisme en porte la marque : insomnie, fatigue, tensions musculaires, perte ou excès d’appétit sont fréquents.
Ce vécu s’explique : tout notre corps, système nerveux compris, est orienté survie et résilience. La perte inéluctable est perçue, de manière inconsciente, comme un risque vital. Elle perturbe la disponibilité cognitive — soit parce que nous sommes activés dans les zones non cognitives du cerveau, soit parce qu’aucune remédiation rationnelle n’est possible face à la mort.
Les processus de résilience doivent donc être nourris dans un corps qui, dans sa sagesse, oscille entre la souffrance de la perte et la réorganisation de la vie, en prenant le temps nécessaire. Restaurer des gestes simples — marcher, respirer profondément, s’accorder du repos, s’alimenter correctement — n’efface pas forcément la peine, mais soutient à coup sûr l’organisme.
Prendre soin du corps, c’est offrir une base de stabilité au système nerveux et donner à l’esprit la possibilité de traverser les vagues émotionnelles sans s’effondrer.
Le deuil tend à isoler alors que notre système nerveux est façonné par et pour la relation : dès la naissance, nous avons besoin de la régulation d’autrui pour stabiliser nos rythmes et apaiser notre stress. Cette réalité biologique perdure tout au long de la vie.
La perte d’un être cher fragilise cette architecture du lien. Sans soutien, l’organisme reste bloqué dans l’hyper-activation (anxiété, agitation, pensées intrusives) ou dans l’effondrement (anesthésie émotionnelle, retrait social). Être entouré — par un proche, un ami, une communauté ou un professionnel — permet au système nerveux de retrouver des repères de sécurité.
Demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse : c’est reconnaître que la co-régulation humaine est un besoin vital, aussi fondamental que manger ou dormir. La présence d’autrui, même discrète, offre un ancrage corporel et émotionnel, et allège la charge de la traversée.
S’appuyer sur les liens de soutien, c’est permettre à la biologie du lien de jouer son rôle protecteur. C’est se rappeler que personne n’est censé porter seul le poids du deuil.
Les approches modernes du deuil insistent sur l’importance de ne pas « couper » le lien avec la personne disparue, mais de le transformer. Notre organisme garde en mémoire les visages, les voix, les gestes, les rythmes de ceux qui ont compté. Ces empreintes relationnelles sont inscrites dans le système nerveux, la mémoire affective et les circuits sensoriels. C’est pourquoi le lien ne disparaît pas : il change de forme et continue à vivre en nous.
C’est le principe des continuing bonds : une relation intérieure, différente mais bien réelle, qui peut être nourrie par des rituels, des souvenirs, l’écriture, la création ou un dialogue intérieur. Ces pratiques ne sont pas seulement psychologiques : elles engagent aussi la physiologie, en activant les réseaux de régulation associés au souvenir du lien sécurisant. Cette transformation du lien permet de passer de la douleur de l’absence à une présence autrement intégrée.
Loyauté, continuing bonds et expansion du coeur
Se sentir retenu par une forme de loyauté : « Si j’aime de nouveau, je trahis », « Si j’accueille un beau-parent, je remplace », « Si je tourne la page, j’efface » est fréquent. Cette loyauté empêche parfois d’avancer par peur de perdre définitivement le lien avec le défunt.
Les continuing bonds offrent une réponse : ils permettent de rester fidèle à la mémoire tout en ouvrant la possibilité de nouvelles relations et d’une vie qui continue. Loin d’effacer l’ancien lien, ils élargissent l’espace intérieur : aimer à nouveau n’annule pas l’amour passé, il l’inclut dans une expansion du cœur.
Un coeur enfantin croit à la finitude de l'amour jusqu'au moment où il arrive à se représenter qu'il est possible d'aimer de nouvelles personnes et que la taille initiale du coeur peut croitre, s'étendre par expansion : il y a beaucoup de place disponible même pour cette petite fille qui peut accueilir un beau-père dans sa vie (Phil) tout en gardant intacte la place de son papa dans son coeur.

Retrouver le goût de vivre après une perte n’est pas une trahison. C’est reconnaître que la vie continue en nous, jusque dans notre corps. Notre organisme est programmé pour osciller entre souffrance et réorganisation : le système nerveux cherche spontanément à restaurer un équilibre, à retrouver des sources de plaisir, de lien et de sécurité.
S’autoriser à sourire, à aimer, à créer, ce n’est pas effacer la mémoire du défunt. C’est répondre à un mouvement biologique profond : la recherche de régulation et de continuité. Le lien intérieur, maintenu par les continuing bonds, devient une ressource qui rend possible la réouverture à d’autres relations et projets.
Les jours de légèreté alternent avec des jours lourds : cette oscillation est normale. Chaque expérience de joie, même brève, n’est pas une trahison mais un signe que la physiologie de l’élan vital reprend son cours.
S’autoriser à vivre à nouveau, c’est honorer la mémoire en laissant la vie circuler, en permettant au cœur — au sens corporel et relationnel — de s’élargir.
📌 Clé n°1 : Accueil et respect
Le deuil est singulier. Tristesse, colère, culpabilité, soulagement, ou même un vide protecteur : toutes les émotions et absences d’émotion sont légitimes.
Respecter un endeuillé, c’est accueillir ces états sans jugement et offrir soutien et réconfort.
Ce que la science en dit
📌 Clé n°2 : Prendre soin de son corps
La perte touche directement notre biologie du lien. Fatigue, insomnie ou tensions sont fréquentes.
Prendre soin du corps — marcher, respirer, se reposer, manger correctement — soutient le système nerveux et aide à traverser l’épreuve.
Ce que la science en dit
📌 Clé n°3 : S’appuyer sur les liens de soutien
Le deuil tend à isoler, alors que notre système nerveux est relationnel.
Être entouré — famille, amis, groupes de soutien, professionnels — aide à réguler le stress et à retrouver un ancrage sécurisant.
Ce que la science en dit
📌 Clé n°4 : Honorer la mémoire et maintenir un lien intérieur
Les souvenirs, les voix, les gestes restent inscrits en nous.
Les continuing bonds (liens continués) transforment l’absence en une présence intérieure fidèle, en restant loyal tout en ouvrant la possibilité de nouveaux liens.
Ce que la science en dit
📌 Clé n°5 : S’autoriser à vivre à nouveau
Retrouver des élans de joie n’est pas une trahison, mais un signe que la vie reprend.
Le lien intérieur demeure, tout en laissant place à de nouvelles relations et à la continuité de l’existence.
Ce que la science en dit
Le deuil est-il une maladie ?
Non. Dans 95 % des cas, c’est un processus naturel d’adaptation (OMS, 2022).
Combien de temps dure un deuil ?
Il n’existe pas de durée standard. C’est le rythme de chacun qui compte (Worden, 2009).
Pourquoi mon corps réagit-il autant ?
Parce que notre biologie est une biologie du lien. Les études montrent des impacts sur le sommeil, le stress et l’immunité (Inserm, 2017).
Est-ce normal de continuer à parler au défunt ?
Oui. Le dialogue intérieur est reconnu comme un mécanisme sain (continuing bonds).
Quand le deuil devient-il compliqué ?
On parle de deuil prolongé si une souffrance intense persiste plus de 6 à 12 mois avec perte de fonctionnement (Prigerson et al., 2009).
Est-ce trahir de se réouvrir à la vie ?
Non. Retrouver des sources de joie est une étape de résilience (Bonanno, 2004).