
Le corps est le rivage de l'océan de l'être
Soufi, anonyme, in Peter A. Levine "Réveiller le tigre"
Résumé
L’esprit n’est pas séparé du corps : il en est l’expression.
1. Embodiment : l’esprit est incarné
L’esprit n’est pas « au-dessus » du corps : il émerge de ses réseaux neuronaux, biochimiques et sensorimoteurs.
Intéroception (respiration, cœur, viscères, tonus musculaire) module émotions, mémoire, attention.
La pensée abstraite repose sur des bases sensorielles ; les récits sont influencés par l’état corporel.
2. Régulation somatique de base
Respiration, sommeil, alimentation, hydratation, mouvement : chaque manque perturbe l’attention, l’humeur, la cognition.
Ces piliers physiologiques conditionnent la stabilité de l’expérience mentale.
3. Biologie de la connexion
L’espèce humaine est une espèce sociale :
4. Ce que disent les neurosciences
Les processus mentaux reposent sur les interactions neurones–neurotransmetteurs–hormones, toujours intégrées au ressenti corporel.
Boucle corps–esprit :
Prévalence : le corps conditionne la disponibilité psychique.
5. Implications pour l’accompagnement
Interventions corporelles + présence de confiance agissent plus rapidement que la parole seule.
Exemples :
La parole cognitive consolide après la régulation somatique.
Thérapies modernes : combiner bottom-up (corps, présence) + top-down (sens, cognition).

L’esprit est une fonction émergente du corps (cerveau + système nerveux) en interaction avec l’ensemble du corps et l’environnement. La présence humaine de confiance est déterminante pour la régulation somatique.
1) Embodiment : l’esprit est incarné
L’esprit n’est pas « posé sur » le corps : il en est l’expression.
Émotions, mémoire, attention sont modulées par l’intéroception (cœur, respiration, viscères, tonus musculaire).
Pensée abstraite : elle s'appuie sur des réseaux sensorimoteurs.
Narratif : l’état physiologique pré-colore les récits et interprétations.
2) Régulation somatique de base
Respiration, sommeil, alimentation, hydratation, mouvement : chaque déficit affecte attention, humeur, cognition. Ces assises conditionnent la qualité et la stabilité de l’expérience mentale.
3) Biologie de la connexion (l'espèce humaine est une espèce sociale)
Co-régulation affective : voix, regard, contact → modulation cortisol/HRV/neurotransmetteurs.
La présence humaine de confiance est une régulation somatique.
Apprentissage/développement : imitation appuyée par des réseaux miroirs (langage, empathie, émotions) au sein d’un réseau social plus large (insula, préfrontal médian, limbique).
Sécurité relationnelle et appartenance : elles sont associées à exploration et créativité (corrélats vagaux mesurables via HRV).
Santé publique : la perturbation durable de ces liens engendre une mortalité infantile accrue, des troubles du développement ; à l’âge adulte, isolement/solitude sont des facteurs majeurs de risque (morbidité, stress, dépression).
(Symbiose intestin–immunité–cerveau : volontairement mise de côté ici.)
4) Ce que disent les neurosciences
Les processus mentaux résultent d’interactions neuronales et biochimiques (neurotransmetteurs, hormones, réseaux corticaux) indissociables du ressenti corporel.
La boucle corps–esprit :
Les états physiologiques influencent les états psychologiques (stress, nutrition, hormones, sommeil).
L'activité mentale module certaines réactions corporelles (axe HPA, système autonome, immunité).
La boucle est ancrée dans le corporel et il y a une prévalence somatique sur la disponibilité mentale du moment.
5) Implications dans l'accompagnement des personnes
Interventions corporelles et présence de confiance opèrent une action directe sur les régulateurs de base, plus fiable et rapide que la parole cognitive seule.
Respiration → tonus vagal (↑ HRV), baisse amygdale.
Mouvement → dopamine/endorphines/BDNF, humeur et plasticité.
Relaxation/stimulation sensorielle → désamorçage limbique, sécurité perçue.
Toucher/rythme/son (cadre approprié/consenti) → circuits archaïques d’apaisement.
La parole cognitive organise et stabilise après régulation d’état.
Les standards actuels de thérapie (trauma, stress, addictions) : combinaisons bottom-up (corps/présence) + top-down (sens/cognition).
Le corps requiert la primauté opérationnelle : sans sécurité perçue, les outils somatiques ou verbaux sous-performent.
📌Ce que la science en dit
Embodiment : études sur l’intéroception (Craig, 2002 ; Khalsa, 2018) montrent son rôle dans émotions et attention.
Somatique : recherches sur le sommeil, nutrition et mouvement (Walker, 2017 ; Ratey, 2008) confirment leur impact majeur sur la cognition.
Connexion sociale : Holt-Lunstad (2010) → l’isolement augmente la mortalité ; Porges (2011) → théorie polyvagale et co-régulation vagale.
Prévalence somatique : travaux en neurosciences affectives (Damasio, 1994 ; Panksepp, 1998) montrent l’ancrage corporel des processus mentaux.
Accompagnement : méta-analyses (van der Kolk, 2014 ; Ogden, 2015) → efficacité accrue des approches combinant interventions corporelles et verbales.
❓ FAQ – L’esprit, le corps et la thérapie
L’esprit peut-il exister indépendamment du corps ?
Non. Les neurosciences montrent que l’esprit est une fonction émergente des réseaux corporels et relationnels.
Pourquoi dit-on que le corps “prévaut” sur l’esprit ?
Parce que l’état physiologique de base (sommeil, stress, nutrition) conditionne la disponibilité mentale et émotionnelle.
La présence d’un autre peut-elle vraiment réguler mon corps ?
Oui. Voix, regard, contact activent des circuits vagaux et hormonaux qui calment stress et hypervigilance.
Pourquoi intégrer le corps en thérapie ?
Parce qu’une régulation somatique est souvent nécessaire avant un travail cognitif efficace.
Les approches purement verbales sont-elles insuffisantes ?
Pas toujours, mais elles sont limitées si l’état corporel reste en hyperactivation ou en effondrement.